Monday, July 5, 2010

À Lionel Geffrard

New York, le 29 juin 2010


Monsieur Geffrard,

En moins de soixante-douze heures, vous m’avez présenté deux articles. Avant même de commenter le premier, vous m’avez soumis le second. Puisque les deux prônent le « retour à la barbarie », je vais considérer le second, une alternative navrante, pondue par Henri M. Dorléans.

L’auteur se propose de réunir tous nos bourreaux passés et présents autour d’une table pour négocier une sortie de crise. Il n’est pas le seul ni le premier à agiter cette option. La panique indique le mauvais chemin, mais lui veut profiter de l’instabilité pour institutionnaliser le désordre.

En effet, Le monstre de Monsieur Dorléans compte une infinité de griffes, de cornes et de dents. Sa constitution le rend plus cruel, plus vorace et plus insatiable.

Voulant partager le gâteau avec les habitués de la scène politique son Plan est un chef d’œuvre d’incohérence et d’absurdité. Inclusionniste, Henry Dorléans, fait appel aux assassins, aux voleurs, aux borgnes pour fonder la République des malhonnêtes. On se demande quel secteur de la Communauté internationale consentira d’engloutir des fonds dans ce fétide marécage, œuvre de récidivistes patentés ?

On ne peut pas faire appel à Duvalier sans ses VSN, à Aristide sans ses chimères, à Préval sans ses motocyclistes. Face à cette entreprise, l’Enfer même se sentirait menacé, quand l’intéressé invoque cinquante années de vols, de viols, de torture, d’exil, d’intimidation, d’enlèvement, d’expropriation et d’exécution. Les victimes n’ont pas besoin de nous dire leur calvaire pour que nous saisissions l’ampleur du drame. Aujourd’hui encore la société toute entière porte ce deuil indélébile.

Si les femmes violées pourraient conter leurs moments ; les dépossédés, leurs ruines ; les personnes torturées, leurs sévices ; les personnes enlevées, leur histoire ; les exilés, leurs agonie ; les personnes intimidées, leurs tourments ; les parents des disparues, leurs tristesses ; la nation, sa situation, on trouverait que Monsieur Doléans nourrit une vision apocalyptique du développement.

Le bilan de cette période de mille neuf cent cinquante-sept à nos jours, indique plus de dix milliards de dollars de vol, quarante mille assassinats, dix millions d’exilés ou de déplacés. Quelle injustice quand nous cherchons le chemin de la justice. Qu’adviendra de notre pays, dans deux ou trois ans, si l’antagonisme et la contradiction persistent ?

Quand un malade arrive à l’hôpital, le médecin le soigne, mais ne l’inocule pas d’autres germes. Une nation est un organisme vivant, souffrant d’éternel besoin de justice. Ainsi, ceux qui font partie du problème doivent être exclus de la solution. Autrement, on agit contre la justice, contre la nation et contre la civilisation.

Ceux qui m’accusent d’exclusionnisme comprendra le danger que représente l’inclusionnisme. Je prône une rectification politique incluant l’avènement d’une Nouvelle génération de dirigeants, une Nouvelle orientation politique, la Réforme générale ; un Gouvernement provisoire sera chargé d’initier le nouveau système. Ce Plan date de l’époque anté-sismique. Il est impossible d’aborder la crise nationale sans étudier les causes qui l’ont produite. Malheureusement, les opportunistes croient que le séisme a effacé les anciennes pratiques et les vices séculaires, qu’ils peuvent s’organiser sans impunité ni scrupule sur les charniers humides.

Malheureusement, un segment de la population appuie les propositions de ce faussaire. Mais, vous Monsieur Geffrard, n’êtes pas du lot, depuis que vous avez pris connaissance de l’Alternative de la nouvelle opposition, un mécanisme de changement. Vous avez appris que l’horizon cache des cieux de possibilités. Avant notre rencontre, vous auriez entériné ces propositions fantaisistes sans délibération, mais aujourd’hui, elles créent en vous de grandes confusions.

Nous vivons en dehors de notre histoire, les événements importants n’affectent pas notre quotidien. On tombe on se relève attendant la prochaine chute ou part à la rencontre du drame. Nous sommes des animaux du malheur, souffrant de servitude morale, nous sommes mêmes jaloux de notre infériorité. Comment interdire le culte de la sottise au pays ?

Vous comprenez pourquoi je me montre si critique envers la presse nationale, elle semble pencher dans une seule direction, la mauvaise. Incapable de faire des analyses, elle induit l’intelligentsia nationale en erreur. Finalement, une poignée d’imbéciles entraîne la nation vers le fond. Nous devons mener la lutte pour le changement sur le Web lequel favorise les échanges d’idées, les analyses, les recommandations et la possibilité de compenser les lacunes de la presse nationale.

Comme je l’ai déjà dit, non seulement Haïti doit tenir compte des dernières conquêtes de l’Humanité, mais aussi doit apporter sa pierre à la civilisation moderne, menacée. Par développement, il faut transformer le pays en laboratoire sociale, des programmes pilotes pour l’Humanité. Nous devons cesser de contempler l’horreur, pour pouvoir favoriser l’innovation.

Les ravisseurs ne savent qu’enlever; les voleurs, cambrioler; les bourreaux, maltraiter; les assassins, étrangler. Si la nation suit les recommandations de Monsieur Dorléans, les étrangers diront que nous jouons avec nos excréments.
Mes salutations



Rony Blain

Courtoisie de la Nouvelle opposition nationale



RÉFÉRENCES :

Compromis de la reconstruction nationale

Henri M. Dorléans, Le Nouvelliste 28 juin 2010

http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=80791&PubDate=2010-06-28

No comments:

Post a Comment