New York, le 26 mai 2010
Monsieur,
Après avoir rédigé Le Guide de la réforme haïtienne, une proposition de réforme générale, doutant de son application, avant même sa parution, j’ai publié en novembre 2007, la Nouvelle opposition, ouvrage posant le problème de transition, les dispositions à prendre pour laisser le cercle vicieux. C’est pour la première fois dans l’histoire du pays, un Gouvernement intérimaire dispose d’un programme : rompre avec la tradition, réviser notre système politique. D’ailleurs, les transitions de 1986 et de 2004 sont bâclées parce qu’elles ne visaient pas de rectification politique. Elles représentaient des moments de répits, sur le chemin de l’enfer.
Aujourd’hui, le mécontent populaire s’est dégénéré en manifestations ouvertes auxquelles participent les lavalassiens, les duvaliéristes ainsi que les dirigeants de l’ancienne opposition pour provoquer le départ précipité de René Préval. Mais dans le camp adverse, par crainte de chaos, l’Église catholique et la Communauté internationale soutiennent le régime.
Pour aboutir à un réel changement politique, l’opposition nationale doit se restructurer. Dans la Nouvelle opposition, j’écris ceci : “L’Ancienne opposition a mené de grands combats a gagné toutes les batailles, finalement a perdu la guerre; faute de vision et d’encadrement. La mission de la Nouvelle opposition serait de parachever les travaux inachevés en ouvrant les tranchées abandonnées dans la lutte populaire.”
L’Ancienne opposition œuvre contre le changement, dans la mesure qu’elle représente la chose à changer. De 1986 à nos jours, elle a pactisé avec nos bourreaux en appuyant leurs crimes et leurs incuries; elle a participé aux gouvernements d’union; au parlement, elle a voté pour la répression. À l’heure actuelle, si l’ancienne opposition veut être utile, elle doit se contenter d’apporter un appui moral au mouvement sans réclamer le partenariat.
Partisan d’une rectification politique, La Nouvelle opposition nationale encadre la nouvelle génération de militants sur la route du changement. Voulant rallier la majorité silencieuse, éviter une unité hétéroclite, sans hypocrisie, j’ai désigné les acteurs à exclure du cercle : “Les duvaliéristes, les lavalassiens, les partis politiques, les Églises catholique et protestante, l’Armée d’Haïti, les agents impérialistes, les membres de l’actuelle oligarchie et leurs valets, les immoraux et les vendus.” À ce groupe, faut-il ajouté la diaspora haïtienne, de sales serviteurs agissant sous la dictée de leurs hôtes.
De 1986 à nos jours, date à laquelle nous avons rompu avec le passé pour de nouvelles promesses, ces dispositions n’empêchent pas l’avènement des imposteurs.
Fort Dimanche a disparu, mais on retrouve les cadavres sous les ponts; les VSN sont en fuite, mais les hommes à motocyclette exterminent la population; finalement vols, viols, enlèvements, font partie intégrante de nos mœurs. Sur la pente fatale où le pays chemine, la disparition de l’homme haïtien est certaine.
On ne peut pas abandonner la Première République noire à une dizaine de Libanais, détenteurs de quatre passeports, chacun. La lutte actuelle doit aboutir au changement, pas au remplacement, quand la majorité aura accès à la richesse nationale par l’entremise d’une politique de justice sociale.
Je préfère le chaos à l’holocauste, s’il s’agit d’un passage obligé. Le premier débouche sur un pacte, l’autre sur le néant. Les élections ne vont pas effacer la problématique haïtienne qui à chaque fois, gagne en largeur et en profondeur.
Dans notre quête d’indépendance, nos ancêtres ont brûlé toutes les plantations et les usines du pays sans épargner leur propre logis. Le développement national ne tombera pas comme la manne, les vaillants citoyens doivent aller à sa rencontre, en payant le prix qu’il faut.
Pour se cristalliser, le mouvement réclame une Alternative : un symbole d’unification, de crédibilité et de représentativité. Dans une lutte pacifique, Il nous faut une base morale, une constitution administrative pour convaincre l’adversaire. Il ne suffit pas de le rappeler son bilan négatif, mais aussi, il faut présenter des propositions constructives.
Pour conclure, les manifestations organisées par nos anciens bourreaux roulent de stériles vacarmes, des gestes contraires à l’esprit du changement. Tant qu’une nouvelle génération de dirigeants tarde à poindre sur la scène politique à travers des prises de positions solides et des textes engagés, le changement veillera pendant longtemps encore dans les couloirs du sous développement.
Rony Blain
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