Rony Blain 18 juin 2010
1. Selon vous, comment cela se fera-t-il, l’avènement d'un gouvernement provisoire salvateur qui paraît représenter une étape incontournable aux changements requis vu l'état du pays ?
En 1986 et 2004 nous avons fait l’expérience de gouvernements provisoires. La nation a assisté à leur avènement sans se demander qui sont ces personnes et d’où viennent-elles? En analysant la situation actuelle, nous nous dirigeons de nouveau vers cette option.
Ma formule de gouvernement provisoire représente un mécanisme de transition : une rupture avec la tradition aussi bien qu’une initiation à la modernité. Techniquement parlant, seul un gouvernement provisoire peut introniser une Réforme générale, incluant, décentralisation, intégration, réforme agraire, académique, sanitaire ect. Ainsi, la mission de ce gouvernement serait de jeter les bases du développement national, ce que les autres appellent “refondation” ou “nouvelle Haïti”. J’ai posé le problème en 2003, à l’avènement du Bicentenaire national et le Plan est disponible depuis 2008.
Dans Le Guide de la Réforme haïtienne, soit deux ans avant le séisme, je parle du Village du Bélair, futur quartier des diplomates, en insistant sur l’unification de la Cité de l’Exposition aux Champs de Mars. Je préconise aussi un programme d’extension démographique, c’est-à-dire, faire sortir au moins un million de personnes de la Capitale pour être relogées en province.
Pour répondre directement à votre question, il appartient aux “aspirants” de militer pour l’avènement d’un gouvernement provisoire. Je crois que nos universitaires au chômage ont droit au travail, les travailleurs ont droit à des subventions, les valeurs du pays ont droit à des traitements particuliers. J’imagine que chaque secteur devrait s’organiser pour bénéficier de la redistribution de la richesse nationale en réclamant la portion qui lui revient. Voyez le Contrat social de la Nouvelle opposition.
Je propose une Alternative en sept points. Je l’ai criée sur les ondes d’une radio locale, j’ai commandité des spots, j’ai présenté mes œuvres politiques à la Capitale, j’ai jeté une infinité de tracts à Port-au-Prince, puis, dans une lettre ouverte, j’ai demandé à René Préval de remettre le pouvoir.
Lors des dernières manifestations, les militants réclament l’“avènement d’un gouvernement provisoire”, aussi bien que la “dissolution du parlement”. Je divulgue ces propositions depuis 2007.
Deux jours après le séisme, j’ai expédié aux ambassades occidentales la liste des membres d’un gouvernement provisoire. Ce Plan existait depuis deux ans, en effet, j’avais remis une circulaire à nos journalistes, les demandant de m’envoyer le nom des vingt cinq (25) personnalités qualifiées pour des postes électifs ou administratifs. Ignoré, j’ai collecté ces informations sur le Net. Récemment, sur les quatre invités de l’Unesco, le nom de trois d’entre eux figurait sur la première version de la liste.
J’essaie de créer une plate-forme pour aider à l’avènement d’une nouvelle génération de dirigeants.
Le changement est ni une réaction chimique ni un don du ciel, il est le fruit d’une solide organisation. A mon avis, tous ceux qui rêvent d’une vie meilleure doivent agréer ce projet.
2. Puisque vous recommandez aux politiciens traditionnels de se convertir en participants disciplinés à ce mouvement de changement politique que vous prônez , comment cela se ferait-il, puisque ces activistes ont déjà démontré depuis plusieurs années que leurs visées seraient d’utiliser le pays à des fins personnelles ? Alors, là, je dois vous interpeller pour vous faire remarquer que vos aspirations portent un fort pourcentage d'idéal impraticable. Comment pouvez-vous vous imaginer que ces éternels opposants puissent changer d'approche ?
Tout ce qu’on appelle misère, chute, malédiction, effondrement ne sont que de faux problèmes. Il ne nous manque que des Lois dont personne n’en veut. Le gouvernement provisoire est plus apte à créer de nouvelles lois, telles que l’élaboration d’une nouvelle Constitution.
Tous les Haïtiens aiment leur pays, si on dépose une réelle solution sur la table, tout le monde s’y adhérera. Ainsi, j’insiste sur la neutralité des membres du gouvernement provisoire, cela lui confère certaine crédibilité. Personne ne va s’opposer à elle dû moins dans les six mois de son avènement. L’équipe de Gérard Latortue rencontrait des obstacles sur le huitième mois. Sans programme ni vision, elle symbolisait, l’incurie et la corruption.
En outre, on ne va pas exclure les politiciens traditionnels du chantier national. On va transformer le paysage politique pour permettre à chacun d’apporter sa pierre. Par exemple, le nom de Lesly Manigat, de Serge Giles et celui de feu Marc Bazin figure sur la liste intérimaire.
On peut assainir la situation nationale en six semaines au plus. Il s’agit d’appliquer les nouveaux règlements, sélectionner une bonne équipe, restructurer le secteur public.
L’État haïtien s’est effondré en 1986, les militaires, malgré leurs armes n’ont pas peu imposer un « nouvel ordre national ». Le programme de développement est le gage de la stabilité politique.
3. Il n'y a pas d'armée que vous pourriez gagner à votre cause pour arriver à incarner dans la réalité ces idéaux. Il n'y aura certainement pas de communion magique autour d'une table de consensus pour que l'avènement de ce gouvernement provisoire fonctionnel prenne chair sur le sol haïtien.
Au cours de ma visite au pays, l’année dernière, partout je passe, je constate l’absence d’un intermédiaire, quelqu’un qui soit capable de traduire ma pensée pour les autres. On dirait que mes interlocuteurs et moi se tenions sur deux rives séparées par le fleuve du malheur.
Mes œuvres politiques ne contiennent pas de thèse. Je me contente de présenter une infinité de propositions numérotées. Quelqu’un doit s’emparer de ma réforme agraire pour rallier les paysans, un autre de ma réforme académique pour rallier les étudiants. Ainsi, chaque Haïtien trouvera sa place à la table des négociations pour parapher un document d’entente.
Apathique, déshumanisée, notre majorité se contente d’attendre, entre temps, les politiciens traditionnels s’activent. En lançant le programme d’Alphabétisation politique, je veux préparer les indépendants, ceux qui veulent se présenter à la table de négociations.
4. Je suis perplexe finalement. C'est pourquoi, je mentionne souvent dans mes interventions que l'étatisme paraît un chemin que nous sommes condamnés à exploiter dans nos aspirations légitimes vers un changement réel sur le sol haïtien. Nous allons devoir compter sur des élections boiteuses durant plusieurs cycles encore. Chemin faisant, des personnes comme vous devraient s'assurer d'éviter de se mettre à dos des forces vives qui ne manquent pas au sein de ce pays.
Je prône l’étatisme dans lequel le citoyen doit s’organiser autour de l’État. Il doit même conquérir le secteur public. D’ailleurs, le pays est à nous tous. La seule chose, cela doit se faire selon des critères bien définis. La mission du gouvernement provisoire serait d’établir des règlements et d’ériger de nouvelles institutions avant un retour à la démocratie.
Si vous croyez que les élections représentent des conquêtes et des étapes démocratiques, on constate que le pays s’éloigne davantage de la solution, s’enfonce davantage dans le crise. J’ai dit que les élections permettent à nos bourreaux de se régénérer et à la nation de se dégénérer.
Franchement, l’Haïtien ne comprend pas et ne s’intéresse pas au changement. Monstre de la nécessité, il veut vaincre la misère par son endurance, en se réjouissant de ses propres plaintes.
Poétiquement parlant, un Haïtien est né avec une scie en main, pour confectionner son cercueil ou bien une truelle, pour construire son tombeau.
Au pays, mes amis disent que mes idées sont merveilleuses mais qui va les appliquer? Ils ont pris soin de s’exclure en déclinant toute forme d’engagement. On dirait que nous sommes satisfaits de notre statut de subalternes voire de notre condition d’esclave.
L’histoire universelle rapporte que la prospérité est le fruit de l’industrie et de l’invention. Dites-moi comment les élections apporteront le progrès?
Je conseille à tous de mettre la main à la pâte. Ce geste patriotique revêt des caractères sacrés.
5. Finalement, je crois que vous aurez dû créer un parti politique dont le programme serait de réaliser ce Projet de réforme générale. Autrement, vos documents risquent de finir dans les tiroirs.
En jetant un coup d’œil sur l’histoire des partis politiques, vous allez constater qu’ils n’ont jamais été structurés et fonctionnent comme des boutiques. En outre, recevant des fonds de l’oligarchie ou de l’International, les partis sombrent dans des compromis avilissants.
Finalement, les partis politiques ne sont pas en mesure de rectifier nos contradictions politiques. Ils jurent de respecter l’existence des autres et collaborer avec. C’est ce que j’appelle le cercle vicieux.
Ainsi, dans mon Plan, je préconise un système électoral sans parti politique, c'est-à-dire, seuls les candidats indépendants seront agrées.
Le gouvernement provisoire représente l’unique alternative dans la mesure qu’il gouverne par décrets, n’est subordonné par le pouvoir législatif. Il n’a qu’à se procurer d’une assise populaire et d’une crédibilité internationale.
Pour conclure, je vous remercie de m’avoir envoyé vos commentaires. Cela me permet de mieux comprendre la situation nationale, à quel niveau les citoyens sont bloqués, le système, disloqué.
Pour faire avancer la cause, disséminez ces documents dans votre entourage, réclamez votre place à la table des négociations, enfin, n’hésitez pas de me soumettre d’autres questions.
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